Une balade en Champagne
Un sourire capital
Reims, 187 200 habitants, capitale de la Champagne. Sa cathédrale Notre-Dame, construite à partir de 1211, est l'un des exemples les plus parfaits de l'architecture gothique. Parmi les 2 303 sculptures disposées à l'intérieur et à l'extérieur du monument, une en particulier retient l'attention : l'ange au sourire. Lors des bombardements allemands de la Première Guerre mondiale, ce dernier fut décapité. Beaucoup d'autres statues et de vitraux furent détruits, tandis que la toiture de la cathédrale brûlait et que le plomb fondu jaillissait des gueules des gargouilles... Émus, plusieurs riches Américains ont apporté leur soutien financier à la reconstruction de l'édifice.
Les bombardements ont détruit Reims à 80 %. Dans les années 20, de nombreux bâtiments ont été reconstruits dans le style Art déco. Derrière la cathédrale, la bibliothèque municipale Carnegie est un petit joyau du genre. L'architecture sobre de l'extérieur contraste avec la richesse du décor intérieur : mosaïques, lustres et vitraux, réalisés par le maître verrier Jacques Simon.
Si la maison Vranken-Pommery est elle aussi remarquable dans son style néogothique anglais, ses caves réservent quelques surprises. La marque de champagne y organise régulièrement des expositions d'art moderne. De quoi égayer un peu les traditionnelles visites touristiques de caves à Reims.
Un phare dans les vignes
En suivant la Route touristique du champagne, on découvre, à quelques kilomètres de Reims, le phare de Verzenay qui domine une mer de vignes. Ce dernier a été construit en 1909 pour promouvoir une marque de champagne. Aujourd'hui, c'est un musée multimédia de la vigne, avec ses audioguides multilingues. À proximité, une petite promenade en forêt permet de découvrir un millier d'étranges arbres aux troncs noueux : les faux de Verzy.
Les explosions d'Hautvillers
Dans ce village, le visiteur part sur les traces de Dom Pérignon. Au XVIIe siècle, ce moine a créé le champagne tel que nous le connaissons. Nous lui devons la méthode de l'assemblage de différents raisins ainsi que la bouteille en verre épais avec son bouchon de liège. Un soulagement pour les vignerons qui ne pouvaient jusqu'alors rien faire contre l'explosion des bouteilles provoquée par les petites bulles ! Après avoir flâné dans le village et admiré les enseignes en fer forgé, on pénètre dans l'église où se trouve la tombe du moine.
Épernay, capitale du champagne
Cette ville étale la richesse de ses maisons de champagne sur la bien nommée avenue de Champagne avec le Château Perrier de style Louis XIII ou encore l'Orangerie de Moët et Chandon, où séjournèrent Napoléon Bonaparte et Richard Wagner.
Un peu plus loin, à côté de la voie ferrée, la tour de Castellane rappelle celle de la gare de Lyon à Paris. C'est en effet le même architecte qui a conçu les deux édifices au XIXe siècle. Du haut de cette tour, on découvre la vallée de la Marne.
Pour éviter de parcourir les 600 kilomètres de la Route touristique du champagne et à peu près le même nombre de caves, on s'arrêtera au bar à champagne « C Comme Champagne ». Cet espace rassemble 450 champagnes de marques différentes, qui peuvent tous être dégustés. Mais attention, ici on ne sert ni Pommery ni Moët et Chandon, mais uniquement des champagnes de propriétaires producteurs. En goûtant d'abord un vin monocépage de chardonnay (100 % raisin blanc chardonnay), de pinot meunier ou de pinot noir, le néophyte peut affiner son goût pour la suite de la dégustation.
En quittant Épernay pour descendre vers Troyes, deux châteaux valent le détour : celui de Montmort-Lucy, essentiellement construit au XVIe siècle, qui conserve un aspect médiéval et avait marqué l'écrivain et poète Victor Hugo (1802-1885) ; et le château d'Étoges, édifié un siècle plus tard, élégante bâtisse de briques roses et de pierres blanches avec de hauts toits en ardoises.
Troyes en bois
Changement de décor à Troyes, la capitale historique de la Champagne : la pierre fait place aux pans de bois. De nombreuses maisons du centre-ville datent du XVIe siècle et ont été construites après l'incendie de 1524 qui avait détruit près de 1 500 bâtisses en bois. La plupart des édifices religieux sont de la même époque. Ils concentrent le plus grand nombre de vitraux en France. L'église Sainte-Madeleine conserve encore son jubé, une paroi en dentelle de pierre qui séparait autrefois le chœur de la nef.
Dès le XIIe siècle, les comtes de Champagne vont développer à Troyes les fameuses foires, où l'on vendait alors de la draperie locale, du vin d'Italie, du cuir d'Espagne ou du velours d'Allemagne. Aujourd'hui, les foires se sont transformées en magasins d'usine. On y trouve des vêtements de grandes marques à prix bradés. Côté patrimoine, on ne manquera pas de visiter le musée d'Art moderne et la maison de l'Outil et de la Pensée ouvrière, le plus grand musée d'outils de façonnage à main au monde.
Ici, le champagne peut être dégusté comme dans toute la région, mais d'autres spécialités gastronomiques ont également fait la réputation de la ville : la prunelle de Troyes, alcool de prunes, ou encore l'andouillette, une sorte de saucisse préparée à partir d'intestins et d'estomacs de porc. Une Association Amicale des Amateurs d'Andouillette Authentique (A.A.A.A.A.) a même vu le jour peu avant 1970 !
À l'extrémité sud de la Champagne, un autre vin a fait la réputation de sa localité d'origine : le rosé des Riceys. Des Riceys parce qu'il y a trois villages : Ricey-Bas, Ricey-Haute-Rive et Ricey-Haut, trois bourgs dont les bâtiments de pierre rappellent ceux de la Bourgogne voisine. Le rosé des Riceys est rare car l'A.O.C. est si exigeante que les vignerons ne peuvent en produire chaque année.
Rosé, andouillette, prunelle... il n'y a donc pas que le champagne à savourer dans cette région méconnue, qui possède bien des atouts gastronomiques, naturels et culturels.
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